Avant même d'apercevoir les chutes de La Fortuna, le grondement tonitruant de l'eau m'a saisi au cœur. Un sentier serpentant entre les lianes s'est ouvert sur un panorama à couper le souffle : un ruban blanc de soixante-dix mètres de haut jaillissant d'une crevasse dans la roche volcanique, ses embruns formant une arche éternelle au-dessus du bassin en contrebas. Pieds nus, je me suis avancée dans les eaux peu profondes au bord de la cascade ; la force de l'eau, à la fois douce et puissante, m'a caressé les chevilles, tandis que des enfants du village sautaient des rochers plus élevés dans le bassin profond, leurs rires se brisant en une multitude de cristaux. Assise sur un rocher d'observation couvert de fougères, en train de déguster des boulettes de maïs enveloppées dans des feuilles de bananier, j'ai soudain été accueillie par un essaim de papillons morpho bleus s'envolant contre les embruns, leurs pétales se mêlant à ceux de la cascade pour créer un halo de lumière vertigineux. Sur le chemin du retour, j'ai découvert des spores d'une orchidée parasite accrochées à ma jupe ; ainsi, la cascade m'avait discrètement suivie.